Interview de Nicolas Le Dain co-fondateur du label Green United Music

Quel a été ton parcours, ta formation?

J’ai d’abord passé un DEUG puis une Licence d’histoire, puis j’ai enseigné en collège mais pas bien longtemps. Après ça, j’ai fait une licence de gestion des entreprises culturelles à Jussieu. En parallèle, je faisais de la musique avec des amis, ce qui m’a permis de me former sur le tas aux métiers du son et aux divers aspects pratiques de l’organisation d’un concert. À côté, les études à la fac m’ont formé sur tout le côté juridique, contrats, intermittence, droits d’auteur. Tout ce qui est nécessaire, point de vue admi-nistratif pour faire tourner une boîte. Après je me suis tourné vers la production via un label que j’ai contribué à créer, Village Vert. Actuellement, on développe une autre société, Green United Music, dont je suis co-associé, sur laquelle on est en train de transférer l’activité de Village Vert. En fait, je me suis surtout formé au fil du temps, avec l’expérience que j’ai acquise au travers des différents aspects du travail que j’ai effectué. Quand j’ai commencé à travailler, les formations actuelles aux métiers du son n’existaient quasiment pas. Donc j’ai appris pas mal de choses en bidouillant.

Quelle est l’activité de Green United actuellement ?

Elle est multiple. Toute une partie du travail consiste à réaliser la musique de films publicitaires. C’est un peu le côté « alimentaire », pas forcément le plus passionnant, mais celui qui permet d’envisager le reste sereinement. Des entreprises de communication font appel à nous soit pour utiliser la musique de notre catalogue, soit pour qu’on développe la musique qui collera au spot publicitaire. Forcément, en fonction du produit, on va proposer des choses très différentes, la musique pour Petit Navire et celle d’un film pour un parfum n’auront rien à voir ! Nous produisons aussi des artistes, à travers le disque ou le concert. Mais cet aspect-là de la profession est en plein bouleversement. D’un côté, le disque s’effondre, avec le dévelop-pement d’internet. À tel point que dans deux ans, la FNAC ne vendra plus de musique sur support physique. Tout passera par son site. D’ailleurs, la situation de la musique en ligne évolue constamment.
Aujourd’hui, MySpace, qui était incontournable il n’y a pas si longtemps, est dépassé. Des sites comme Facebook ou Twitter prennent la relève. Il y a un site américain qui devrait être le nouveau média incontournable et qui vient d’arriver en France. Il propose de la musique en ligne, précédée d’un écran de publicité que l’auditeur est obligé de visionner, puisqu’il doit cliquer pour prouver sa présence.
De l’autre côté, la situation du concert évolue aussi. Quand une tournée comptait plus d’une centaine de dates il y a quelques années, elle n’en a aujourd’hui qu’une trentaine. Cela s’explique par les baisses des subventions qui permettaient à la majorité des grandes et moyennes salles de province de tourner. Du coup, la situation des artistes elle-même change aussi beaucoup. Certains associent leur nom et leur musique à une marque, comme Yael Naïm avec Petit Bateau ou d’autres avec des opérateurs de téléphonie mobile, des marques de vêtements. En fait l’industrie de la musique n’a rien de récent, mais les boulever-sements qui surviennent aujourd’hui sont tels qu’il faut tout réinventer. Le modèle économique qui a existé n’est plus viable et on ne sait pas comment il va évoluer. Pour notre part, deux SARL coexistent, l’une dédiée à la production et à la distribution, l’autre s’occupant de musique pour l’image. Nous travaillons sur deux sites, celui-ci où les studios sont dédiés à la musique pour l’image, et un autre à Paris où nous avons des studios et où les artistes peuvent répéter à tout moment sans déranger personne, ce qui nous évite de payer des studios 15 à 20 € de l’heure à chaque répétition.

Quelles qualités ton métier requiert-il ?

Principalement, être énormément à l’écoute. De tout le monde, des artistes, des gens avec lesquels on travaille. Mais il faut aussi savoir être ferme, mais ça vient avec le temps, l’habitude de négocier des contrats, qui permet de savoir ce qui est correct, normal, et ce qui l’est moins. Et puis le carnet d’adresses, indispensable, un des principaux outils de travail avec l’ordinateur. Par ailleurs, le secteur étant en constant renouvellement, il faut pouvoir se former rapidement sur de nouveaux outils, sachant qu’ils seront bientôt dépassés par d’autres.
Il faut aussi avoir du temps, je suis plus proche de 75 heures par semaine que de 35. Il faut pouvoir être disponible un peu tout le temps, parfois le soir ou le week-end. En fait l’emploi du temps n’est pas fixe, il varie en fonction de l’activité du moment. En revanche, pas de boulot à la maison.
Pour ce qui est de la rémunération, dans le secteur il peut y avoir de tout. Pour ma part je suis salarié, mais certains sont intermittents, avec toute l’instabilité qui va avec. Ce statut devient de moins en moins intéressant pour les artistes et les techniciens, sa réforme ne lui a pas fait que du bien…

Pourquoi ce métier, quel plaisir?

Je crois qu’un des grands plaisirs c’est de voir l’aboutissement d’un projet, auquel on a participé, dans lequel on s’est investi d’un bout à l’autre. Par exemple le concert de Fitzcarraldo au Bataclan, avec la salle remplie, le concert qui fonctionne, les super critiques le lendemain dans les journaux, on sait pourquoi on a bossé.

http://www.greenunitedmusic.com/

Entretien réalisé par Grégoire Pluet au siège de Green United Music à Paris

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